L'onde poétique

Les 1er, 2ème, 3ème, 4ème et parfois 5ème Jeudi, de 21h à 22h
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Ahmed Bouanani, un poète chercheur

Mar 12, 2020

Le poète marocain Ahmed Bouanani a consacré à la poésie toute sa vie, une vie commencée dans la grande ville de Casablanca en 1938 et achevée dans le petit village d’Aït Omghar en 2011. Il l’a fait en écrivant, en français, des centaines et des centaines de poèmes, la plupart restés inédits, toujours dans l’attente d’une publication.

Sa création a été entravée par d’énormes difficultés, à commencer par la censure politique à l’œuvre au Maroc entre les années 1960 et 1980, puis de nature économique. Bien heureusement, quelques recueils ont pu être édités au Maroc ou en France : Les Persiennes (1980), Photogrammes (1989), Territoires de l’instant en collaboration avec le photographe Daoud Aoulad Syad (2000).

Ahmed Bouanani

Ahmed Bouanani

Se faire poète chez lui c’est se faire chercheur. Chercheur de la poésie marocaine antérieure à la grande rupture catastrophique qu’a été le colonialisme et qui se niche dans les légendes, les contes, les proverbes, les poèmes ; chercheur de formes innovantes qui rendent vivante la poésie, tout en puisant dans cette tradition littéraire orale à honorer.

Ce poète se sent investi d’une responsabilité propre à sa génération, née sous la colonisation, consciente de l’agonie d’un Maroc ancien et propulsée brutalement dans la modernité “occidentale”. Certes, cette recherche se fait dans la langue du colonisateur, mais qu’importe puisque, pour Ahmed Bouanani, toute langue se révèle étrangère dès lors qu’il s’agit d’écrire de la poésie.

Surtout, il est possible de lire dans sa langue française l’esprit et la poétique propres à la réalité et à la langue marocaines populaires. Certains de ses thèmes privilégiés étant la mémoire, l’enfance, la poésie…

Pour lui, la poésie ne s’écrit pas seulement, elle se dessine et surtout elle se filme. Scénariste, monteur, réalisateur, il cherchera également à inscrire le nouvel art cinématographique dans les cadres culturels marocains en vue de proposer aux Marocains leurs propres images. Tous ses films auront une origine et une matière proprement poétiques, et son inventivité tient incontestablement dans son identité de poète. Pour s’en convaincre, il suffit de signaler que son premier film se nomme Tarfaya ou la marche d’un poète et de regarder Casablanca 6 et 12, Mémoire 14 ou encore Mirage.

Si son œuvre a pu être effacée de la mémoire collective, elle commence à faire l’objet d’une redécouverte tant institutionnelle (surtout à l’étranger) que populaire. Très prochainement, une somme qu’A. Bouanani a consacrée à l’histoire du cinéma au Maroc, La Septième porte, devrait être publiée à Rabat. D’autres publications sont prévues grâce au travail acharné d’exhumation des archives de l’artiste par sa fille, Touda Bouanani, elle-même artiste plasticienne et vidéaste pluridisciplinaire.

Ce jeudi 12 mars 2020 de 21h à 22h, dans le cadre de L’onde poétique – Rencontres francophones, Pedro Vianna recevra Samia Moucharik, qui nous parlera de la vie et de l’œuvre d’Ahmed Bouanani. Franco-marocaine, cette chercheuse indépendante en anthropologie, documentariste sonore et enseignante, « outre le choc esthétique reçu lors de la découverte de l’œuvre de Bounani », s’est particulièrement intéressée « au geste créatif et politique » de l’auteur.

Samia Moucharik entame à présent un projet sur l’œuvre littéraire et cinématographie de ce créateur marocain très tôt disparu. Un projet qui, elle l’espère, devrait prendre plusieurs formes.

Diffusion le jeudi 12 mars 2020

Rediffusion le

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